L’assemblée générale du 17 mars 2024

Message de notre pasteur Jacques Hostetter-Hills

Message pour l’Assemblée Générale 2024 – Pasteur Jacques Hostetter-Mills

En préalable à tout développement, je voudrais vous poser deux questions :
La première : Que cherchez-vous en venant à l’église ?
La deuxième : Que voulons-nous donner aux gens qui viennent à l’église ?

Par ces deux interrogations, vous le percevez, je cible deux types de personnes qui composent la communauté chrétienne. Je m’adresse d’une part à ceux et celles qui viennent s’asseoir et écouter ; et, d’autre part, à ceux et celles qui choisissent de s’impliquer davantage, par exemple en exerçant une fonction dans l’église, un ministère.

L’église, souvent, est à deux niveaux : Ceux et celles, qui forment l’assemblée, qui assistent aux célébrations ; et ceux et celles qui offrent leur service. Dans le premier cas, la communauté chrétienne est semblable à un lieu où un enseignement est dispensé. Dans cette perspective, si on reçoit ce qu’on est venu chercher on est comblé et on revient, ou on ne reçoit pas ce que l’on est venu chercher et alors on est mécontent et on vient moins souvent, on va ailleurs, ou plus nulle part.

L’église voulue par le Christ, et la communauté chrétienne telle que les apôtres ont essayé de la fonder, ne se contente pas de cela. C’est un corps, composite certes, mais uni dans une même dynamique, mobilisé et conduit par un même esprit. Il n’y a pas d’un côté le clergé – ou les responsables – et de l’autre le peuple.

Selon les Ecritures judéo-chrétiennes, que nous nommons communément la Bible (confondant un singulier latin avec le pluriel grec, langue dans laquelle le N.T. a été écrit !), Dieu rend toute l’église, donc chaque chrétien et chrétienne, capable d’accomplir son service.

L’avez-vous remarqué, il n’est pas écrit dans la lettre aux Ephésiens, que les apôtres, les prophètes, les évangélistes, les pasteurs, les enseignants édifient l’église mais bien qu’ils aident chaque membre de la communauté – qualifié d’ores et déjà de saints – à accomplir le service pour que le corps entier croisse. Tout chrétien quel que soit son âge, son expérience, ses capacités, est un rouage de l’assemblage, irremplaçable et nécessaire à la solidité de l’ensemble.

Si vous avez un jour le désagrément de vous briser un orteil, vous comprendrez instantanément que ce qui apparaît comme la moindre des articulations à son rôle à jouer. Le corps humain, peut être rendu raide, sans souplesse et totalement handicapé par la moindre défaillance qui surgit dans un engrenage qui, par ailleurs, est parfaitement huilé et performant.

J’ai beaucoup pensé à la communauté d’Angoulême – Nord-Charente pendant ces dernières semaines et je pense qu’elle est sur la bonne voie.

Plusieurs activités ont été couronnées de succès et les qualités de cette église m’apparaissent de mois en mois plus évidentes : la convivialité, une lecture positive et enthousiasmante des Ecritures judéo-chrétiennes, la réception d’un message qui soit vraiment une bonne nouvelle pour chaque homme et chaque femme de notre entourage, sans facteur culpabilisant, un témoignage par le biais, notamment, de l’Association Protestante pour la Valorisation de la Bande Dessinée à Angoulême ou par les contacts œcuméniques à Villefagnan et à Mansle.
Tout cela est bien, mais comment se fait-il que nos temples ne soient pas trop petits pour accueillir tous ceux et celles qui voudraient partager cela avec nous ?

Et je ne puis m’empêcher de réfléchir et de m’interroger :
– sur nos priorités au sein de l’Eglise Protestante Unie de France, mais au bénéfice de notre entourage, de notre cité…
– sur une prise de distance de familles ou de personnes qui, pour moi, ont toujours un rôle à jouer chez nous…
– sur le passage de personnes qui ne se sont pas senties suffisamment interpellées ou accueillies, ou simplement reconnues, pour s’engager d’avantage…
– sur le passif du départ douloureux d’un pasteur et ses suites… une impossibilité, pour certains, d’entrer dans une dynamique du pardon.

Je souhaite, de tout cœur, que le temps fasse son œuvre et que tout cela puisse être porté devant Dieu, dans la prière. Quand un problème surgit dans une communauté, il n’y a jamais, quand une décision est prise, de gagnants et de perdants… C’est tous ensemble que nous devons – par attachement à l’Evangile du Christ – faire à nouveau « église ensemble… »

Quelques exemples qui montrent à suffisance combien chaque rouage est important pour que l’ensemble, bien coordonné, puisse s’avérer performant et croître.

• Sans le souffle indispensable de Dieu, dont ceux et celles qui prient s’imprègnent pour le faire rejaillir sur l’ensemble… sans ce souffle l’église ne peut être dirigée et orientée correctement.

• Il en est de même pour les articulations que sont les dons de service et d’aide à notre prochain, matérialisés par l’Entraide au sein de notre communauté.

• Et je n’oublie pas les questions relatives à l’entretien et à la gestion des bâtiments.

• Il y a aussi les services, primordiaux, que l’on peut rendre en tant que membres du Conseil Presbytéral, la présidence de services dominicaux, l’engagement d’animateurs/trices auprès des enfants et des jeunes, etc.

• Et pourquoi ne pas nommer, en finale, l’implication de tant de membres et sympathisants, pour réaliser l’exposition et les contacts œcuméniques et de témoignage en relation avec l’A.P.V.B.D. et le Festival de la B.D. à Angoulême

Pour être vraiment opérationnelle et souple, l’église doit se découvrir toutes sortes d’articulations. Plus il y en aura et plus nous pourrons être précis dans notre action.

Il n’est pas possible que quelqu’un – ou quelqu’une – ici – dans cette communauté – ne soit rien, entendez ne soit rien d’autre qu’un simple spectateur. Chacun et chacune d’entre nous est une articulation du « Corps du Christ », dirait l’apôtre Paul ; une articulation qui rend tout le corps plus souple, plus apte à l’action, plus précis dans son œuvre. Et si l’un ou l’une d’entre nous refuse d’être cette articulation, forcément le corps tout entier sera moins souple, moins performant, moins apte à remplir son rôle, sa mission…
Si nous regardons de plus près, cette parole de Dieu, distillée tout au long de ces livres qui composent le message des Ecritures, le but des divers ministères, et du ministère de chacun et chacune se confond :

– C’est parvenir ensemble à l’unité de la foi et de la connaissance de Jésus-Christ, chemin, vérité et vie,

– C’est parvenir à l’état d’adulte, c’est-à-dire atteindre cette stature de l’homme qu’a atteint Jésus de Nazareth et qui fait que désormais beaucoup confessent qu’il est leur Christ, c’est-à-dire leur sauveur,

– C’est acquérir une solidité telle que l’on puisse, même après des désillusions ou des déboires, éviter de rompre à jamais le lien qui nous unis à des frères et sœurs dans la foi…

L’auteur de l’épitre aux Ephésiens est formel : « Lorsque chaque partie fonctionne comme elle doit, le corps entier grandit et se développe par l’amour. » Autrement dit, c’est chacun et chacune, en harmonie avec l’ensemble, qui édifie le tout et le fait croître.

Deux blocages sont possibles :

Premièrement, le peuple ne veut pas toujours être rendu apte au service. Une enquête récente de l’Eglise Protestante Unie de France montre qu’un cinquième seulement de personnes venant au culte désire entrer dans la catégorie des actifs.

Le deuxième blocage est plus insidieux, car il provient de ceux et celles qui exercent une fonction, et souvent avec dévouement, mais qui peuvent perdre, et parfois à leur corps défendant, le sens et le but de leur engagement. Car la finalité de la tâche n’est autre, précise l’apôtre Paul, que de rendre apte le peuple à faire croître la communauté, c’est-à-dire responsabiliser chacun et chacune.

Il est un autre point qu’il nous faut souligner : Nous ne pourrons pas nous inscrire dans une dynamique neuve sans faire des erreurs. Comme corollaire à toute prise de responsabilités, il y a le risque de faire fausse route. Qui ne risque rien – et ne se risque pas – ne fera jamais avancer les choses !

Chacun et chacune a le devoir de mettre ses dons au profit de l’ensemble. Bien, mais comment ?

D’abord en faisant l’effort de se connaître soi-même et de reconnaître ses qualités, ses aptitudes ou ses potentialités. Autrement dit, dans un langage chrétien : « reconnaître ce que Dieu a déposé en moi, la vocation à laquelle il m’a appelé sur cette terre, les talents qu’il m’a confiés ».

Se mettre au service d’un ensemble permet à l’être humain, de mieux se découvrir, y compris dans son contact avec les autres et l’Autre aussi, avec un A majuscule. Je découvre qui je suis dans la communion fraternelle, et les tiers vont m’aider à me découvrir, pourvu que cette relation soit saine et équilibrée.

Car il faut toujours prendre garde aux relations fusionnelles, étouffantes, aux personnalités qui imposent leur point de vue et leur vision personnelle.
Chacun doit rester lui-même et se situer, en tant que tel, comme articulation, car même si vous avez le même service que tel frère ou telle sœur, vous allez agir, sentir les choses et les faire différemment.

Nous devons prendre nos responsabilités : Regarder les vrais besoins de notre communauté. Quand nous exerçons un ministère, demeurons ouverts au changement et à l’adaptation de ce que nous avons reçu au terrain ou nous sommes appelés à travailler. Soyons souples, serviteurs, exerçons notre ministère avec des nuances, en nous adaptant aux circonstances et aux vues d’autrui.

Que nous le voulions ou non, travailler tous ensemble nécessite de l’organisation, un certain ordre, une vraie direction… Plus la communauté devient un seul peuple, plus de membres et sympathisants se lèvent pour servir, plus foisonnante est la manifestation des talents, et plus il y a l’obligation de communiquer, de structurer, diriger… et – surtout – plus grand devra être l’amour fraternel et la patience réciproque.

Le rôle qu’exerce les membres du conseil presbytéral est non seulement d’assurer le rayonnement de l’Evangile et la formation spirituelle des membres et sympathisants mais également d’assurer collégialement la présidence de la communauté, non pour étouffer l’enthousiasme d’autrui, mais pour discerner, canaliser, harmoniser les forces en vue d’édifier et d’unir la communauté dans son ensemble.

J’ai commencé ce message par un questionnement, je voudrais conclure de même.

Sommes-nous disposés à ne former qu’un seul peuple et qu’un seul corps ? Je n’ai pas dit pour être tous pareils, sans spécificité…, mais sommes-nous prêts à nous inscrire dans un ensemble performant ?

Bien sûr, je viens au culte pour être enrichi spirituellement, intellectuellement, humainement… il est légitime que je vienne pour grandir dans la foi et ma connaissance des Ecritures… mais ne puis-je pas ajouter à cela une nouvelle dimension : celle du service, de la préoccupation des autres, d’un décentrement par rapport à moi-même, d’une mise en marche et à l’œuvre. Bref, accepter d’être une articulation indispensable du corps, une pierre indispensable à l’édification du temple ?

Lorsque chaque partie fonctionne comme elle doit, le corps entier grandit et se développe par et dans l’amour. Que Dieu nous soit en aide et à lui seul la gloire. Amen.

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